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Des tuques des bâtons du chien et des colons : le premier quart de notre calendrier de l’Avent !

Bonjour à tous !

Merci de participer si nombreux au calendrier de l’Avent ! J’adore faire ça j’aimerais que ce soit décembre toute l’année ! En plus vous donnez souvent des réponses très complètes et documentées, j’adore !

On va voir ensemble un peu plus précisément les différentes réponses aux colles que je vous ai posées.

Vendredi 1er décembre :

Pour commencer en beauté car ce n’était pas facile, je vous ai posté la photo de ce PRJONASTOKKUR à vos souhaits. Petite parenthèse, je dois dire que je suis trop fière car Hélène Magnusson herself nous a éclairés sur la prononciation. Le tricot en Islande c’était quelque chose ! Tout le monde tricotait et le rendement de chacun était contrôlé. Les enfants dès 8 ans devaient produire une paire de bas par semaine. On rangeait ses aiguilles (principalement des double pointe) dans cette boîte au nom compliqué mais à la symbolique magnifique et poétique comme je les aime, car traditionnellement les amoureux la sculptaient, la gravaient et l’offraient à l’élue de leur coeur pour déclarer leur flamme. (Aparté : je ne sais pas où en est votre papier Anaïs mais j’espère pouvoir encore coller mes lecteurs bientôt sur le tricot islandais !)

Samedi 2 décembre :
Alors là vous avez trouvé trop vite ! J’avais recadré cette image :

Il s’agit bien-sûr d’un berger landais perché sur ses bâtons, et que faisaient les bergers landais de la-haut ? Ils filaient ou tricotaient et à l’époque, c’était un truc d’hommes. Alors pour le filage, pour être plus virils, ils n’usaient ni de quenouilles ni de fuseaux (ça c’était pour les filles) mais enroulaient directement la laine rèche autour d’un poignet et la tortillaient autour d’un petit croisillon de bois pendu à l’autre poignet. Il portaient autour de la taille la « potche à tèche » (poche à laine) et chacun se tricotait une petite pèlerine et des guêtres à porter avec le gilet en peau de mouton. En faisant mes quelques recherches sur les bergers landais, j’ai découvert  l’ampleur des conséquences du changement de paysage dans les Landes au 19ème siècle. Jusqu’alors les bergers travaillaient sur leur échasses afin de pouvoir surveiller leur troupeau et guetter le loup dans cette contrée marécageuse. Puis, pour assécher et assainir la région, on a décidé de construire des dunes de sable pour prévenir les grandes marées, de détourner l’Adour dont les crues embouillassaient (je viens d’inventer ce mot) le terrain, et surtout … de planter des pins partout. Le pin consomme énormément d’eau et il a en quelques années complètement modifié le paysage et par conséquent la pratique pastorale. Et pour raconter une petite histoire (vous savez que j’adore les petites histoires), je ne sais pas si vous connaissez l’existence de Sylvain Dornon, mais cet homme extraordinaire et engagé a gravi en échasses une bonne partie des marches de la Tour Eiffel durant de son inauguration, et parcouru un Paris Moscou pour faire connaitre le triste sort des bergers suite à la modification artificielle de la géographie de sa région lors l’Exposition Universelle de 1891 . C’est ce qu’on peut appeler une protestation qui a de la gueule.

Sylvain Dornon part pour Moscou

Dimanche 3 décembre :

C’est à propos de la photo de cette femme que je vous ai questionnés, prétexte pour vous faire chercher un peu sur les fibres utilisées en Amérique précolombienne. Vous avez bien vite trouvé que cette femme est Navajo, peuple amérindien du sud des actuels Etats Unis. Alors qu’est-ce qu’ils filaient les Navajos ? Des moutons oui, mais seulement à partir de la fin du 16ème siècle. C’était un peuple d’éleveurs et de chasseurs, mais les moutons (tout comme les chèvres et les chevaux tels qu’on les connait aujourd’hui) n’ont été introduits sur le continent qu’au 15ème siècle par les Espagnols. L’histoire de l’importation du mouton en Amérique est d’ailleurs assez passionnante, faite de vagues de transports de bêtes successives et « d’îles à moutons » sur la côte est qu’on débarrassait de tout prédateur possible et où l’on laissait les moutons paître en liberté. Et jusqu’à cette période, la toison du chien, appelée « chiengora » était le poil le plus filé en Amérique du nord. On trouve des objets tissés ou tricotés en chiengora depuis la préhistoire en scnandinavie. Et comme je suis Père Castor raconte nous histoire, je vous ai trouvé une image de femmes anglaises « volontaires » pendant la seconde guerre mondiale, entrainées au premiers secours en cas d’attaque aérienne et qui faisaient toutes les petites choses possibles au quotidien pour aider, réconforter, nourrir, loger la population. Et je vous le donne en 1000 : elles brossaient des chiens pour filer leur poil et réaliser de petites pièces bien chaudes, le chiengora étant réputée 80% plus chaud que la laine de mouton.

Lundi 4 décembre :

C’était très facile lundi, puisque c’est l’image d’un photographe américain très célèbre que je vous ai postée. C’était un cliché de Lewis Hine représentant une petite fille dans une filature de Nouvelle Angleterre en 1913. Lewis Hine mettait en image l’un des côtés sombre du rêve américain en immortalisant tout d’abord les arrivants sur Ellis Island. Il s’est ensuite engagé au côté du National Child Labour Committee et de la Croix Rouge et son travail a eu un réel impact dans la lutte contre le travail des enfants. Mais tout ceci n’était un prétexte pour rappeler qu’aujourd’hui sur notre Terre en 2017 un quart des enfants de 5 à 14 ans travaille. 4 sur 5 sans rémunération, alors quand on peut, on fait attention à ce qu’on consomme.

Mardi 5 décembre :
Je vous ai posté une photo prise dans un de mes livres, avec un extrait du journal de 1797 de Frances Baylor Hill, colon (colone ? help, vite un linguiste : peut-on mettre « colon » au féminin? ou alors la femme ne peut être que « femme de colon » parce qu’il faut nécessairement un penis et beaucoup de testostérone pour coloniser ?) en Virginie. On lit que l’auteure est tellement obsédée par son tricot et l’avancée de ses en-cours qu’elle culpabilise de lire un roman passionnant et d’ainsi perdre du temps de tricot, ça me rappelle quelqu’un, mais qui, moi bien sûr. Mais parlons quelques instants du tricot chez les colons en Amérique. Déjà, on a lu plus haut que les missionnaires en Amérique du Nord et du Sud on importé le mouton, mais aussi le tricot en l’enseignant aux peuples (et surtout aux hommes, on a vu aussi avec les bergers landais que le tricot, pendant longtemps, c’était pour les hommes) qui ne le pratiquaient pas déjà. On constate d’ailleurs que souvent les tricoteurs d’Amérique du sud tricotent « à la portugaise », avec le fil passé autour du cou. En Amérique du nord, les grandes vagues d’immigration du 17ème siècle ont apporté avec elles le tricot intensif (on raconte que ça tricotait sec sur le Mayflower) mais pas la machine à tricoter, qui était déjà en pleine activité sur le vieux continent, mais très lourde et encombrante, et surtout très rentable mais ça on va le voir juste après. Les journaux intimes comme celui de notre Frances pullulent, car on aime rapporter la construction du nouveau monde et tous les détails des taches morales et vertueuse et religieuses auxquelles on s’adonne. Le tricot est donc domestique, et pour les articles tricotés industriellement, on importe d’Angleterre. Et c’est tellement rentable d’importer d’Angleterre, que les chefs des colonies anglaises en viennent à réglementer et limiter les activités de production de laine, de filage et tricotage (ainsi que d’autres fabrications de produits comme le papier par exemple), même domestiques, afin de ne pas freiner les échanges avec l’Angleterre. Les travaux du fil sont alors devenus hautement politiques : les nouveaux Américains en colère voulaient leur indépendance matérielle, et filer ou tricoter est devenu un vrai acte de résistance qui a joué, symboliquement, durant la révolution et les guerres d’indépendance.

Mercredi 6 décembre :
Je me rends compte en écrivant ce post que j’étais très orientée Amérique cette semaine ! Ce matin je vous ai postée la photo la plus effrayante du monde : le bonhomme Carnaval et sa « tuque ».

Ce personnage qui symbolise la joie de vivre (je ne mettrai pas de commentaire là dessus, j’ai peur de toutes les mascottes) est l’ambassadeur depuis les années 50 du Carnaval de Québec et il arbore fièrement la tuque et la ceinture. Ce qui m’intéressait c’était la tuque, mais vous m’avez fourni de super réponses sur la ceinture, on va donc en parler un peu. C’est une ceinture canadienne, qui s’appelle la Ceinture Fléchée, qui est normalement faite par les (attention mots que je n’écrirai probablement plus jamais de ma vie) flécheurs ou flécherands en laine tressée à la main et que les hommes portaient autour de la tête pour rendre hermétiques et faire tenir les couvre chefs, ou autour des reins pour soutenir le dos pour porter les choses lourdes. Elle fait partie du costume traditionnel, on trouve plein de documentation passionnante dessus. Mais parlons un peu tuque, mes chères gagnantes du jour nous ont gâtés avec plein de détails super intéressants !
Qui a trainé avec des tricoteurs québécois ou qui a déjà regardé un épisode des pimpantes Emilie et Paule s’est déjà frotté au mot « tuque », qui désigne le bonnet. Le mot viendrait du français « bonnet à la turque », couvre chef fabriqué en France et exporté partout dans le monde (notamment au moyen orient) très utilisé par les marins puisqu’on trouve beaucoup de traces de « bonnets à la turque » dans les inventaires de contenus de bateaux.  On a parlé il y a quelques semaines du béret des Basques et des Ecossais exportés par les colons, on peut donc rajouter le bonnet à la turque, déformé en tuque, à la liste. Pour revenir à notre Bonhomme Carnaval, moi j’ai lu que sa tuque rouge ferait référence au bonnet phrygien français : on l’avait choisi comme symbole de la révolution française parce qu’il évoquait le chapeau que portaient les esclaves affranchis de l’empire romain. Au 19eme siècle il a aussi été utilisé par les rebelles québécois souhaitant se libérer du pouvoir absolu et du contrôle de l’Angleterre sur leurs colonies, il est donc devenu un symbole de liberté là bas aussi. On le retrouve également dans la symbolique de beaucoup d’anciennes colonies libérées, en Amérique du sud par exemple.

Sinon je tricote toujours les mêmes choses, alors comme je pense que je vous ai déjà assomés avec cet article, je vous laisse tranquilles jusqu’à la semaine prochaine !

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1 commentaire

  1. alors moi je suis assez nulle pour trouver les réponses à tes photos :), mais j’adore lire tes explications / solutions, c’est super intéressant du point du vue histoire de la laine/tricot!!

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