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Stickgälskroks, naufrages, maillots et fantômes.

Bonjour !

C’est un beau jour pour vous écrire, avec la tempête qui gronde dehors, je suis bien au chaud !

Vous avez sûrement vu sur Instagram, je me suis lancée dans la rétrospective de vos photos de tricot 2017 ! J’en fais un peu chaque jour, c’est dur de choisir je vois trop de belles choses ! J’adore être surprise par vos images, quand je vois le tricot et que je me dis « ah mais c’est un de mes patrons ça » mais que finalement ça rentre complètement dans vos petits mondes, que vous vous êtes approprié le modèle et que l’image est pleine de votre personnalité. J’ai l’impression d’avoir réussi ma mission quand je vois ça.

Sur mon site, il y a un onglet « your knits », que j’essaye de mettre à jour assez régulièrement ! Pour cette rubrique j’utilise vos photos Ravelry, comme ça ça link directement vers vos profils et c’est plus commode car  je ne sais pas épingler depuis Instagram.

Cette semaine encore j’ai adoré vous lire sur mon Instagram ! Vos réponses sont drôles, documentées, créatives et j’aime votre esprit d’équipe. La dernière fois on était revenu sur les réponses des cases 1 à 6, voyons maintenant les cases 7 à 12 :

Jeudi 7 décembre :Voilà l’étrange objet que je vous ai proposé. Alors ce n’est pas un moyen de contraception rudimentaire comme ça a été suggéré, ni un engin de torture. Il s’agit tout simplement d’un stickgälskrok, voyons. Vous avez deviné assez vite que ça servait à tenir la pelote de laine. On en trouve sous des noms différents dans toute l’Europe du nord, mais celui-ci nous vient de Suède. Alors pourquoi avait-on besoin de tenir sa pelote de laine ? Nous somme dans la région de Dalarna, et là bas à l’époque, il fallait du rendement ! Les vêtements tricotés sont de première nécessité alors on tricote en surveillant ses bêtes, on tricote quand on est sur la charrette et on tricote en marchant ! La légende dit qu’il y avait un rapport distance parcourue / pièce tricotée à produire, soit un bas pour homme par 15km de marche. Il fallait donc bien au moins un stickgälskrok pour accrocher sa laine à sa ceinture. Et on tricote d’ailleurs avec une technique spéciale, pour un rendu plus chaud, plus étanche, plus élastique. Je ne connais pas le terme français, mais on appelle ça le Twined Knitting, peut être qu’on peut le nommer tricot double ? On travaille en fait avec 2 fils, de la même couleur ou pas, qu’on croise sur l’arrière (comme quand on fait un jacquard) à chaque maille.

Vendredi 8 décembre :

L’objet du scandale ! Il est apparu par le biais du costume de danse au tout début du 19eme siècle. En vrai, on le trouve dans le vestiaire du spectacle depuis le 18eme siècle, où l’on faisait porter des « caleçons » bleus (couleur validée par le Pape, sinon c’était trop proche de la couleur de la peau et c’était trop sexy) pas très commodes aux danseuses pour masquer leurs jambes. Son nom, c’est le maillot. Le maillot (on dit aussi maillot clair ou maillot chair) est tricoté tout d’une pièce, et il couvre le corps de la danseuse ou du danseur. Il tiendrait son nom de Monsieur Maillot, bonnetier de l’opéra de Paris fin 18eme début 19eme. Et c’était pas rien ce maillot : il a vite été adopté par tout le monde, les hommes comme les femmes. Déjà, il faut le situer dans son contexte. On sort à peine de la période de la Révolution, la Merveilleuse aime se draper dans d’amples robes transparentes et vaporeuses pour évoquer une antiquité fantasmée, mais le monde n’est pas prêt pour tant de peau apparente. Ce sous vêtement, le premier qui soit confortable, tombe donc à pic, on le glisse sous les robes et les tuniques. Plus en avant dans le siècle, il se cache de plus en plus, trop impudique. C’est pire de deviner le corps à travers que de le voir vraiment et la bonne société, constituée maintenant d’industriels ou de rentiers devient de moins en moins drôle et de plus en plus raide. Alors pour être sûr que le femme se tient tranquille à la maison on lui colle corset, crinoline, 10 kg de jupons de crin sur le dos, chapeau à visière qui empêche de regarder sur le côté pendant que l’homme va travailler en costume noir suie comme ce qui sort de la cheminée de son usine. Le maillot n’a toutefois pas disparu, il est en dessous, ou alors porté à la maison et l’industrie de la bonneterie est en plein essor. Il faudra attendre quelques années le maillot de bain et le vêtement de sport pour le voir de nouveau faire partie du vêtement de dessus.

Samedi 9 décembre :

Ah on a bien rigolé samedi ! Vous m’en avez trouvé des superstitions sur le tricot ! Grâce à vous j’ai découvert les études très sérieuses sur le « sweater curse », la malédiction qui dit que tricoter pour son copain / copine précipite la fin de la relation. On a aussi appris à coller le mauvais oeil en faisant des noeuds, qu’il faut finir ses encours avant la Saint Sylvestre (oulala on est le 13 décembre la pression), que de célèbres fantômes de tricoteuses hantent des hôtels, qu’on ne tricote pas au théâtre (mais qu’est-ce qu’on a le droit de faire au théâtre ? j’ai l’impression que tout y porte malheur), qu’on ne tricote pas pour l’être aimé avant le mariage ou encore qu’on ne reprise pas son chandail avec de la laine plus foncée. Tout ça fera l’objet de recherches plus abouties je vous le promets !

La réponse que j’attendais nous vient des pêcheurs anglais et écossais : si le futur propriétaire d’un Gansey meurt avant qu’on ait fini son ouvrage, surtout on le ne termine pas. On le détricote et on enferme la laine au moins un an, temps après lequel on serait à peu près sûr que l’âme du défunt soit partie. Et après on peut attaquer un nouveau projet, faut pas gâcher.

Dimanche 10 décembre :

Dimanche ce n’était ni une crêpe cramée ni un gâteau au chocolat comme suggéré, mais un béret  ! Et pas n’importe quel béret puisqu’il est resté 400 ans sous les mers ! C’est un des nombreux trésors trouvés dans l’épave du Mary Rose, un navire de guerre d’Henry VIII qui a sombré en 1545 faisant entre 400 et 700 morts, on n’est pas sûr du nombre. L’eau de mer a conservé tout un tas de pièces de vêtements et d’objets fabuleux de cette époque si riche au niveau vestimentaire. On a donc entre autre retrouvé ce béret, on a parlé du béret il y a quelques semaines et on avait vu qu’il était déjà très à la mode outre Manche, mais qu’on a pas encore beaucoup de traces de pièces tricotées, qui sont assez peu représentées dans les oeuvres d’art par exemple. On a vu que c’est parce que traditionnellement, la maille évoque l’intime et le vêtement du dessous. Qu’elle était donc utilisée jusqu’au bout du bout  et qu’on ne retrouve donc que des morceaux inexploitables car trop usés. Mais il y a une autre chose à prendre en compte : j’ai lu qu’avant le règne d’Elizabeth et le perfectionnement dans l’art de faire de fines barres en acier (pardonnez moi je ne suis pas allée plus loin dans la recherche sur le pourquoi du comment on s’est mis à fabriquer de fines barres en acier réussies sous le reigne Elisabéthain, s’il y a des érudits en métallurgie qui me lisent je prends toutes les informations), c’était pas facile facile de fabriquer de bonnes aiguilles à tricoter. Elles étaient en bois et souvent un peu grossières.

Lundi 11 décembre :

Vous avez trouvé très vite ! J’avais posté la grille de la bordure de ce coussin tricoté. Vous verrez si vous cliquez sur l’image, que tout autour il est écrit en Arabe « baraka », qui signifie « l’abondance d’Allah », la bénédiction. On a retrouvé ces coussins dans le tombeau du prince héritier de Castilla y Leon Fernando de la Cerda, mort au combat en 1275. C’est donc un très vieux coussin, un des rares vieux tricot qui soit parvenu jusqu’à nous. Les motifs sont très typiques de l’héraldique européen mais la bordure nous indique clairement que c’est un artisan musulman d’Espagne qui a réalisé cet ouvrage. Et on pourrait aller plus loin et penser que (j’espère que vous avez lu le paragraphe précédent, sinon vous ne ferez pas « aaaaaah » ) fabriquer les aiguilles qui ont permis de faire un ouvrage aussi fin aussi nécessitait le savoir faire en matière de travail de l’acier d’un artisan arabe.

Mardi 12 décembre :

Mardi je vous ai demandé de regarder les mains de cette femme suédoise, et de me dire pourquoi je vous demandais de regarder ses mains. Ca a été difficile, la gagnante a trouvé grâce à un post i,nstagram que j’avais fait il y a des mois de ça. A l’époque j’avais photographié quelques lignes d’un livre dans lequel une vieille dame de la région de Dalarna raconte qu’on la forfait à l’école à tricoter avec le fil dans la main gauche (méthode qu’on appelle continentale) mais que dès que l’institutrice tournait le dos, les petites élèves repassaient vite le fil dans la main droite comme elles avaient appris à la maison. La photo date du début du 19ème siècle, et cette femme tricote encore fil à droite, avant la grande campagne de « continentalisation » forcée de l’éducation nationale suédoise. Attention la suite est complètement impartiale venant de mon esprit d’indécrottable enthousiaste de l’english method (fil à droite). Ces documents sont très intéressants, car pour moi ils font mentir les textes qui nous expliquent que les tricoteurs efficaces des classes populaires auraient été des adeptes de la méthode continentale (supposée beaucoup plus rapide) AVANT de passer à la mode de la méthode anglaise, moins rapide et plus chic, adoptée par la bonne société au 19ème quand le tricot main n’était plus une nécessité (ha les machines …). Bref pour moi et ma mauvaise foi on est pas encore au point dans les histoires fil à droite fil à gauche.

Je vous dis à la semaine prochaine pour la suite du calendrier, et en attendant vous pouvez vous inscrire à mon prochain cours prévu au Walrus : le cours de « 2 chaussettes à la fois ». Vous êtes nombreux à avoir le syndrome de la deuxième chaussette, il y a des solutions. Qui fonctionnent aussi avec les syndromes de la deuxième manche ou de la deuxième moufle. C’est ici :

A tout bientôt !

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1 commentaire

  1. C’est très intéressant et instructif les explications détaillées des devinettes que tu proposes en ce mois de décembre. Et… laine dans la main droite en force !!! 🙂 Pis c’est ma mère (pas suédoise ni anglaise) qui m’a appris comme ça je ne tenterai même pas de changer 😉

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